Cancer : de Sétif à Tunis, le long calvaire de Mohamed



Se soigner contre le cancer est déjà un combat. Dans l’Est, nombreux sont les patients à traverser la frontière pour se rendre à Tunis, à la pointe de la lutte contre la maladie. El Watan Week-end a accompagné Mohamed, 52 ans, dans un épuisant périple où les kilomètres s’ajoutent par milliers aux heures de chimiothérapie.

«En deux mois et demi, j’ai dû parcourir plus de 7200 km. Il me reste encore cinq séances de chimiothérapie, la radiothérapie, et j’avoue que je suis à bout de forces.» Pour se soigner d’un cancer des poumons, Mohamed, 52 ans, résidant à Sétif, fait trois fois par mois le trajet vers Tunis où il est pris en charge dans une des cliniques privées de la capitale. Exactement à la clinique privée Ennasr, première clinique africaine de carcino-radiothérapie, spécialisée dans la chirurgie cancérologique et le traitement des cancers. L’ouverture, en juin 2011, de l’unité d’oncologie médicale à la polyclinique Ahmed Guemache (EPSP de Sétif) n’a pas amélioré la situation des malades atteints de cancer.

Les médecins ne parviennent pas à faire face à l’augmentation exponentielle du nombre de patients (voir encadré). Sur presque 7000 consultations effectuées entre juin 2011 et juin 2012, seuls 1820 patients ont eu droit à des séances de chimiothérapie. Pendant la même période, l’hôpital a enregistré entre 100 et 150 décès. En dehors des récurrentes ruptures de médicaments, les traitements sont réalisés avec des génériques indiens et mexicains que certains spécialistes critiquent. «Ces médicaments bon marché ont pourtant montré leurs limites», précise un spécialiste. Pour bénéficier de véritables soins palliatifs, d’antidouleurs efficaces, d’un apport psychologique et de protocoles fiables, de nombreux cancéreux de Sétif mettent le cap sur Tunis où les cliniques privées n’ont rien à envier aux grands centres européens de lutte contre le cancer.

«Ne pouvant supporter l’agressivité verbale des infirmiers et les tâtonnements de mon médecin, je me suis mis à chercher un endroit où je pourrais être traité comme un malade. Et sur recommandation d’un parent d’un malade soigné à Tunis, j’ai pris la route, raconte Mohamed. Faute d’antidouleurs, j’ai dû faire les 600 km séparant Sétif de la capitale tunisienne, dans un lit placé dans un fourgon, transformé en ambulance de fortune. Je ne peux vous décrire les souffrances endurées durant le trajet.»

Centre d’imagerie

Et pour les besoins de ce traitement longue distance, le fonctionnaire a pris sa retraite. Nous avons accompagné Mohamed au cours d’un de ses déplacements à Tunis. Douze heures de route, quelques arrêts pour calmer les douleurs et les nausées, nous arrivons au centre anti-cancer. Implantée dans un des plus beaux lotissements d’Ariana, une agglomération de la capitale tunisienne, la clinique Ennasr surplombe une cité résidentielle de villas et promotions immobilières  à l’européenne.  L’établissement dispose de toutes les spécialités, sauf la gynécologie : il comprend un centre médical pluridisciplinaire où exercent des spécialistes privés conventionnés, un centre d’imagerie et un laboratoire d’analyses. Il est aussi le premier en Afrique du Nord à disposer d’un isolateur et d’un accélérateur linéaire de radiologie de dernière génération.

«Cette clinique appartient à des hommes d’affaires associés à des médecins (majoritaires), précise le Dr Benhadid, médecin coordinateur et responsable du service des urgences. La clinique est dirigée par un grand patron, un cadre administratif, et un surveillant général chapeaute toutes les activités. Celui-ci est secondé par les surveillants généraux des étages.  Avec une telle organisation, les responsabilités sont ainsi limitées. Soumise au contrôle inopiné des services du ministère  de la Santé, la clinique fait de l’hygiène sa priorité.»

Pour Mohamed, qui a vécu un calvaire avant de se savoir malade, cet environnement est déjà très rassurant. «Pour un mal de dos qui me terrassait depuis plus d’un mois et demi, j’ai consulté deux spécialistes qui n’ont pas jugé utile d’effectuer des examens approfondis. Le premier a diagnostiqué une déchirure musculaire. Le second, une tendinite, se souvient-il. Pourtant, je leur avais aussi parlé de mon manque d’appétit, ma pâleur était visible et une fatigue intense rendait chacun de mes mouvements presque impossibles.»

Chimiothérapie

Finalement, une radio révèle une tumeur au poumon et un scanner, une autre tumeur sur une vertèbre de la colonne vertébrale, à l’origine de ses atroces douleurs de dos. Des douleurs que Mohamed a pu soulager dès son arrivée à Tunis. «Un oncologue m’a tout de suite prescrit trois médicaments qui m’ont remis sur pied en quelques heures. Dès le lendemain, l’équipe médicale, composée d’un oncologue, d’un radiothérapeute et d’un chirurgien, qui avait auparavant étudié les conclusions du scanner, a exigé une IRM. 24 heures après, la tumeur et la vertèbre abîmées sont délogés. Au cours d’une délicate opération qui aura duré plus de six heures, un chirurgien me place une prothèse. La première séance de chimiothérapie est effectuée 48 heures après ma sortie de la salle de réanimation.»

Ces longues séances de chimiothérapie commencent à 8h30, pour ne prendre fin qu’aux environs de 20h. «Avant de commencer, les résultats des analyses réalisées la veille ont forcément dus être étudiés, précise le patient. Le début de la chimio est précédé par la pesée, la prise de la tension artérielle et la température du corps. L’injection intraveineuse du liquide de dix bouteilles et sachets en plastique est suivie à la minute près par un personnel paramédical omniprésent qui veille à l’application scrupuleuse du protocole. Le passage de la nutritionniste pour un repas à la carte, la diligence des infirmiers à l’écoute et l’attendue visite du médecin traitant apaisent les souffrances générées par douze heures de calvaire.» Quatre à cinq fois par jour, Mohamed voit aussi passer la gouvernante et l’hygiéniste.

Evidemment, tout cela a un coût. Les honoraires des médecins, les frais de séjour (hébergement, restauration…),d’hospitalisation (transfusion sanguine, chimiothérapie, analyse, etc.) ainsi que les médicaments commandés à une pharmacie externe figurent clairement dans un document. «En plus des frais de la chimiothérapie, qui oscillent entre 700 et 1400 DT (entre 350 et 700 euros) la séance, je dois préparer l’enveloppe de la radiothérapie. J’ai dû hypothéquer mon logement», explique Mohamed. Un parcours qui fait enrager le Pr Benhadid, algérienne.

«J’enrage quand je constate que mon pays, qui dispose pourtant de ressources financières colossales, ne peut soigner ses malades. Il est en mesure de construire d’innombrables cliniques, meilleures que celle d’Ennasr où exercent des médecins tunisiens qui ont poursuivi leurs études de médecine à Constantine et Alger.» Et d’ajouter : «Pour des raisons inavouées, l’Algérie n’a pas voulu signer de conventions avec la Tunisie. Il faut savoir que les relations avec les médecins sont mauvaises, car ils ne transmettent que rarement les dossiers médicaux de leurs patients. Ce comportement complique la situation des patients qu’on ne devrait pourtant pas pénaliser.»

 


La maison des parents et des patients Daressabr en phase de finition et d'equipement

Alors que la maison d’accueil des malades du cancer et de leurs proches est pratiquement achevée, les quelques travaux de finition ainsi que l’équipement, non encore effectués, continuent d’être un obstacle pour son ouverture aux patients.

S’étendant sur plus de 2000 m2, la maison d’accueil des malades du cancer et de leurs proches est en phase de finition. D’une capacité de 80 lits, salle pour les enfants, salle d’accueil, salon de détente avec cafeteria, cour intérieure de détente, un jardin et des espaces verts et de sport, la maison qui est implantée non loin du centre anticancer (CAC) qui continue à faire couler de l’encre, sera fonctionnelle au début de l’année prochaine. Faisant d’un tel projet un défi et une affaire personnelle d’autant plus qu’il avait été directement touché par un tel drame, le professeur Hamdi Chérif, président de l’association Ennour,  interpelle, une nouvelle fois, les bienfaiteurs.


«Le cancer est devenu un problème de santé publique majeur, un véritable fardeau social, et un drame pour les familles de malades ; 35 000 nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués chaque année en Algérie, dont 5 000 nouveaux cas par an dans la région de Sétif. Votre contribution serait très précieuse pour terminer les travaux de finition et d’équipement de notre maison qui, une fois terminée, fera  le bonheur des malades et de leurs parents qui ont besoin du soutien de tout un chacun car nul n’est à l’abri», dira en préambule le président de l’association qui ne baisse pas les bras malgré l’oubli des uns et autres. «Notre objectif est d’assurer une meilleure qualité pendant et après le traitement du cancer. Ces malades et leurs parents ont besoin d’une aide sociale pour lutter contre cette grave maladie.

Le manque d’infrastructures adaptées à la prise en charge des malades et de leurs parents nécessite la construction d’un tel espace pouvant les accueillir, c’est pourquoi notre association fait actuellement le forcing pour  achever ce lieu d’accueil pour ces malades et leurs familles qui doivent séjourner dans cette maison, pendant et après leurs traitements pour une meilleure qualité de vie. En effet, cette maison d’accueil leur permettra d’être hébergés, nourris, aidés sur les plans psychologique et logistique, et de recevoir leurs soins à proximité du centre de traitement du cancer», dira l’épidémiologiste.

Et de préciser : «Par sa dimension humaine la maison qui a dépassé les frontières, a été qualifiée par l’Union internationale de lutte contre le cancer à Genève (UICC), comme une première et un véritable exemple de citoyenneté. Nous sommes comblés de voir ce projet, le premier en Algérie,  faire des émules sachant que plusieurs autres grandes wilayas du pays vont emboîter le pas. En dehors de ce développement structurel, ce projet a pour objectif aussi de générer des développements culturels et des engagements humanitaires, ‘la culture associative’ à Sétif, et en Algérie.» Le Professeur Hamdi Chérif attend, à l’instar des membres de l’association des malades atteints du cancer et de leurs proches, un geste de votre part.

Kamel Beniaiche

40.000 nouveaux cas de cancer par an en Algérie

Des efforts considérables sont déployés par l'Algérie dont le gouvernement a mis en application un «Plan national contre le cancer en 2010».

Notre pays fait face à une croissance de l'incidence du cancer. Près de 40 000 cas de cette pathologie sont enregistrés annuellement sur le territoire national. Notamment les cancers du sein et des poumons, selon des chiffres de l'Institut national de santé publique (Insp).
Les cancers du sein, du colon, des poumons, du col de l'utérus et de la prostate, demeurent les plus répandus en Algérie, avec un taux de prévalence de 50%, pour une moyenne d'âge de 59 ans chez l'homme et 51 ans chez la femme.

Le taux important de prévalence de cette pathologie, durant les dernières années, est dû au changement du mode de vie, le veillissement de la population et l'inadéquation du système sanitaire avec la démographie et la transition épidémiologiques importantes. Ainsi, une forte prévalence de la maladie a été enregistrée durant les dernières années, passant de 80 cas pour chaque 100 000 habitants en 1993 à plus de 120 cas pour chaque 100.000 habitants durant les dernières années avec un taux d'atteinte plus important chez les femmes.

Ces chiffres seraient en dessous des statistiques réelles et cela en l'absence d'un registre national du cancer.

Concernant les types de cancer les plus répandus chez les hommes, l'on cite le cancer des poumons, de la vessie, de l'appareil digestif, du colon, du rectum et de la prostate, soit 52,5% du taux global de prévalence de cette maladie chez les hommes. Les femmes sont plus sujettes aux cancers du sein, des ovaires et du col de l'utérus, outre le cancer du colon et du rectum, avec un taux d'atteinte global de 68%.

20.800 nouveaux cas de cancer sont enregistrés annuellement chez les femmes contre 18.600 cas chez les hommes, relèvent les spécialistes de la santé publique.

Ces derniers ajoutent que seul le dépistage précoce permet de prévenir tous ces types de cancer et de réduire les cas de décès qui en résultent. Ils ont par ailleurs indiqué, et concernant certaines lacunes du système de santé, que des études ont démontré que 35% des protocoles en vigueur ne sont pas respectés par les médecins.
Ils ont enfin plaidé pour le dépistage précoce en vue de réduire les risques d'atteinte de cette pathologie, donner aux malades la chance de traitement, accompagner ceux qui ont atteint un stade avancé de la maladie et réduire les frais de traitement.

Des efforts considérables sont déployés par l'Algérie, dont le gouvernement a mis en application un «Plan national contre le cancer» en 2010. L'Etat n'a de cesse d'oeuvrer en vue d'une bonne prise en charge des malades en matière de soins à travers l'importation de médicaments innovants ou la production d'autres localement dans le cadre de partenariats dont celui qui vient d'être signé entre le groupe Saidal et la société koweitienne North Africa Holding manufacturing. Cet accord de partenariat algéro-koweitien portant création d'une société mixte pour la production de 17 types de médicaments anticancéreux, a été signé dimanche dernier à Alger. Il permettra une couverture partielle des besoins nationaux en matière de médicaments innovants, notamment avec l'augmentation des cas d'atteinte du cancer.

Source : L'Expression, le quotidien
Par


http://www.lexpressiondz.com/actualite/160552-40-000-nouveaux-cas-de-cancer-par-an-en-algerie.html

Association Nour Doha : aide aux cancéreux

article El Moudjahid

Pas moins de 1000 consultations diagnostics ont été réalisées gratuitement, cette année, par l’association Nour Doha, d’aide aux personnes atteintes du cancer au profit de malades issus dezones enclavées du pays, particulièrement de l’extrême Sud, c’est ce qu’a annoncé Mme. Samia Gasmi, présidente de l’association.

"Pas moins de 1000 consultations diagnostics ont été réalisées gratuitement, cette  année, par l’association Nour Doha, d’aide aux personnes atteintes du cancer au profit de  malades issus dezones enclavées du pays, particulièrement de l’extrême Sud, c’est ce qu’a annoncé Mme. Samia Gasmi, présidente de l’association.

Cette action qui contribue au processus de désenclavement des soins, vise entre autres objectifs, à rompre l’isolement des patients atteints de cancer, notamment en leurs prodiguant des consultations à domicile, tient à préciser Mme. Gasmi. Et d’ajouter  que cette association à caractère caritatif compte parmi ses adhérents, une vingtaine de médecins spécialistes  et généralistes et plus d’une centaine de  jeunes bénévoles. Très active, Nour Doha a déjà mis sur pied sept annexes régionales de traitement en oncologie médicale. 

Bien implantée dans la capitale, cette association a aménagé un espace d’hébergement pour des patients et leurs parents issus d’autres wilayas et qui viennent se traiter au CPMC. Durant ce ramadhan, Nour Doha tente d’apporter un peu de chaleur à ces  malades isolés, en distribuant des repas à plus d,une cinquantaine de personnes chaque jour et en offrant plus de 400 couffins alimentaires  aux cancéreux à travers le territoire national.

L’association se prépare durant ce mois sacré à organiser la circoncisiontouchant de plus d'une vingtaine d'enfants de parents atteints de cancer. Nour  Doha  veut faire du mois sacré une occasion de joie pour ces enfants qui auront droit à des vêtements neufs et à une cérémonie traditionnelle.

Il ya lieux de noter que Nour Doha contribue également à la formation du personnel soignant. Elle organise ainsi chaque année plusieurs journées d’information et de dépistage, et participe régulièrement à des congrès nationaux et internationaux d’oncologie."


Source : quotidien d'information El Moudjahid, Kamelia H - PUBLIE LE : 07-08-2012

http://www.elmoudjahid.com/fr/actualites/31336

40 milliards de dinars pour l’acquisition de médicaments anti-cancer

Le ministre de la Santé, de la population et de la réforme hospitalière, M. Djamel Ould Abbes, a annoncé, jeudi à Batna, que le montant consacré par l'Etat à l'acquisition de médicaments contre le cancer sera porté à 40 milliards de dinars.

Le ministre qui venait de présider l'inauguration du centre régional anti-cancer, a précisé que dans la seule wilaya de Batna, 130 millions de dinars ont été consacrés aux traitements médicamenteux des malades atteints de cancer, du 8 mai à ce jour, contre 600 millions de dinars durant toute l'année 2011.

M. Ould Abbes a profité de l'occasion pour démentir ''tout problème de manque de médicaments'', lequel problème, s'il était malgré tout avéré, ne peut être lié qu'à une ''mauvaise organisation et à une distribution défaillante'' de la part des parties chargées de cette tâche. ''L'argent et la volonté existent pour répondre aux besoins des malades et nous en voulons pour preuve le fait que le budget de notre ministère, qui était de 60 milliards de dinars en 2007, a atteint, cette année les 459 milliards de dinars'', a encore souligné le ministre.

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